Durant la grossesse, en particulier au cours du dernier trimestre, près de la moitié des femmes enceintes en bonne santé vont subir le désagrément de l’enflure de certaines parties de leur corps. Cette condition, appelée œdème, est dans la majorité des cas sans gravité. Elle touche particulièrement les pieds et les jambes, mais parfois également le visage et les mains.

L’œdème est un problème lié à la rétention d’eau, c’est-à-dire que le corps retient trop de “liquide” sans qu’aucune anomalie ou distension des vaisseaux sanguins ne soit présente. Cette affection, pour certaines femmes, peut être accompagnée de douleurs ou d’engourdissements.

 

Causes liées à l’œdème

Durant l’évolution de la grossesse, différents facteurs reliés aux conditions hormonales et aux changements anatomiques seront responsables de la formation de l’œdème.

Facteurs hormonaux

Du liquide s’accumule progressivement dans le corps de la femme au cours des différents trimestres pour des raisons liées aux changements physiologiques de la grossesse. L’eau est un élément que l’on retrouve à de nombreux endroits dans le corps. Il est présent à l’intérieur de la composition du sang, de la cellule, des différentes couches de la peau ainsi que dans les nombreux organes et muscles du corps. Il représente 60% du poids global du corps de l’adulte.

Les glandes surrénales de la femme enceinte produisent en plus grande quantité l’aldostérone et le cortisol, qui sont les hormones responsables de la retenue de l’eau dans l’organisme. Le phénomène de la rétention serait en partie relié aux besoins de la production de liquide amniotique, qui sert à la nutrition et la protection du fœtus. Il peut également modifier l’équilibre hydrique du métabolisme de l’organisme et être en lien avec la formation de l’œdème.

Parallèlement à l’augmentation de l’eau, la quantité de sang dans le corps de la femme pourra presque doubler pour subvenir aux besoins du développement du fœtus tout au long de la grossesse. La progestérone, une hormone sécrétée par la femme enceinte, entraîne une dilatation des vaisseaux sanguins, ce qui va rendre la circulation vasculaire moins efficace.

La dynamique de ces changements de quantité d’eau et de sang, occasionnée par les variations hormonales, va également modifier le fonctionnement de la physiologie de la filtration et de la réabsorption des fluides du métabolisme. Il en résulte qu’une proportion de l’eau filtrée de l’ensemble du corps ne pourra retourner dans ses organes ou “compartiements respectifs” et sera donc “en suspension” dans les tissus du corps de la femme enceinte. L’œdème se traduit donc par un gonflement de certaines parties du corps, causé par une infiltration de liquide dans les tissus de l’organisme.

Facteurs anatomiques

La croissance de la taille du fœtus va venir jouer un rôle très important dans la formation de l’œdème et particulièrement pour celui qui peut affecter les jambes de la future mère. Le poids du bébé et du liquide amniotique contenu dans l’utérus va occasionner une pression significative dans le bassin au cours du dernier trimestre de la grossesse. La portion de la veine cave située dans le bassin (le principal vaisseau pour le retour du sang en provenance des jambes vers le cœur) sera comprimée par l’augmentation de la taille de l’utérus. En raison de cette contrainte, le sang en provenance des jambes “refoulera” conséquemment vers le bas, c’est-à-dire vers les chevilles et les pieds.

Ces changements propres à la grossesse, qui nuisent à la circulation du sang dans les veines des membres inférieurs, peuvent augmenter la probabilité de la formation de varices ou de caillots dans les jambes. La thrombose veineuse profonde est la formation dans les veines de caillots de sang. Ces caillots sont dangereux car ils peuvent se détacher et remonter dans la circulation sanguine. Cette affection est sérieuse et mérite l’attention du médecin qui assure le suivi de la grossesse.

 

Prévention de l’œdème

Dans le but de prévenir l’apparition de l’œdème, d’en diminuer les symptômes ou de prévenir la formation de varice et de caillot, les mesures suivantes sont indiquées pour la femme enceinte :

  • Éviter la sédentarité, pratiquer régulièrement une activité physique et marcher quotidiennement.
  • Éviter de rester debout durant de longues périodes ou de croiser les jambes en position assise.
  • Porter des vêtements qui ne compriment pas le corps (en particulier les chaussettes avec des élastiques serrées au niveau des mollets ou des chevilles).
  • Placer les jambes surélevées le plus souvent possible pendant la journée.
  • Se coucher sur le côté gauche durant le sommeil ou la journée.
  • Le port de bas de support (de contention) peut être indiqué pour les cas sévères ou pour prévenir l’apparition de l’œdème.
  • Surveiller l’alimentation en évitant les aliments qui augmentent la rétention d’eau (caféine, sel, gras saturés, sucre).
  • L’œdème peut être plus fréquent durant la saison estivale, refroidir les jambes avec des jets d’eau froide.

Plusieurs approches thérapeutiques peuvent contribuer à prévenir l’œdème de la femme enceinte ou à en diminuer la sévérité. L’ostéopathie, la physiothérapie périnéale, l’acupuncture, la massothérapie et le drainage lymphatique sont d’excellentes méthodes alternatives pour réduire les symptômes de l’œdème ou la formation de varices et de caillots. Il est indiqué de consulter un thérapeute spécialisé en périnatalité.

 

Quand consulter un médecin?

Il est important de différencier l’œdème physiologique normal sans gravité de l’œdème pathologique. Il est recommandé de consulter un médecin en présence des conditions suivantes :

Dans la thrombose veineuse profonde, on remarque la présence d’une triade de symptômes “rougeur/douleur/chaleur” à un endroit précis et souvent dans la jambe (à la cheville ou au mollet). Ces symptômes démontrent la formation d’un caillot, situé dans les veines profondes, qui peut migrer dans la circulation sanguine et venir obstruer les poumons.

L’œdème physiologique peut être une condition aggravante de la pré-éclampsie. Cette pathologie est causée par la perturbation de la tension artérielle et le taux de protéines élevé dans l’urine. Cette affection provoque un œdème important du visage, des mains et des jambes, des maux de tête importants, des troubles de la vision et une élévation de la pression artérielle.

 

Références

Mark H.B. et al, Manuel Merk, Merk Research Laboratories, 2006

Ladewig P. et al, Materneal-newborne nursing care, Upper Saddle River, Prentice Hall, 2010

Lowdermilk P. et al, Maternity & Women’s health Care, Mosby, St-Louis, 2012